Mardi:

Bonne nuit grâce aux médocs. Au réveil ma main est toujours bleue et gonflée, mais je sens bouger mes doigt. La cheville de mon fils est désenflée et garde la morsure de la corde,mais il peut marcher.
Le pire, c'est qu'on a beau y repenser et se remettre le film dans la tête, on ne comprend pas ce qui s'est passé. C'est une mamoeuvre qu'on fait toujours ensemble, mon fils et moi; notre duo est bien rodé, on l'a fait des centaines de fois, et là on ne comprend pas . Enfin l'essentiel c'est que çà se doit pas trop mal terminé, mais maintenant on est un peu traumatisé.
La météo n'étant toujours pas clémente, on oublie définitivement Lifou. En plus la pluie tombe et çà sera comme çà toute la journée! Donc on ne tente même pas une sortie pour aller voir les baleines, et puis ce repos forcé ne peux nous faire que du bien.
Donc journée glandage. Et comme je vois que le moral de la famille est en baisse, je prépare une fournée de petits gâteaux aux amandes. Rien de tel pour remonter le moral.

g_teaux_aux_amendes

L'AM, zhom bricole: il répare enfin mes portes de plcards; mon fils dort et avec ma fille on se fait une séance "bidouilles" avec la pâte qui durcie à l'air; on se prépare des médaillons en vue de futurs je sais pas quoi encore

bidouilleries

Et l'AM se passe dans le calme sous les bourrasques de vent et de pluie. Au moins pas de catastrophe pour aujourd'hui!

Mercredi:

5h30: j'entend les zhoms qui s'affairent dans le carré. Zut! Pas envie de sortir de sous la couette. Quand enfin j'émerge 1 heure plus tard, on est déjà en mer, la grand voile montée. Dans la baie c'est relativement calme, la pluie a cessée, le ciel est gris et nuageux. La sortie de la passe est difficile: on se prend la mer et le vent en pleine face; impossible de prendre le cap pour aller à l'île des pins, tout est contre nous. On pense alors se diriger vers les 5 îles: changement de cap, on a un grand récif coralien à contourner ce qui n'est pas trop pour me plaire. Et là on entend un "clac" sonore et sourd; on lève la tête et:
1ère constatation: le lazy bag tribord vient une nouvelle fois de casser; pas trop grave, on pourra facilement réparer, juste que la grand voile se mettra en vrac sur le pont quand on l'affalera

lazy_dans__le_hauban.

2ème constatation:  les rivets  de la bosse de ris ont été arraché de la baume. Là c'est plus grave surtout avec le temps qu'on a, car on ne peut plus prendre de ris ( c'est à dire descendre la grand voile d'un à trois crans) et vue comme çà souffle çà devient dangereux car trop de toile = démâtage ou chavirage.
Du coup, découragé on jette l'éponge et on décide de rentrer à Nouméa. Il est dit que la mer ne nous laissera pas quitter la Calédonie cette fois-çi, et pas la peine de vouloir passer en force quand les éléments sont contre vous vous êtes toujours perdant.

carte

A l'abri dans le canal de Houdin, on fait le tour du bateau: pas d'autre dégâts.
A la sortie du canal çà se gate. On se prend le vent et la mer par le travers. Des rafales de 35 noeuds avec une mer en vrac. Le pilote ne tient pas, on barre à la main.On se prend un grain et du coup on ne voit plus rien. En plus on est trop toilé il faut donc affaler la grand voile et rentrer le génois. Moteurs en marchent, je prend la barre, zhom et les enfants montent sur le pont et la bataille s'engage. Je n'arrive pas à garder le cap ni a tenir la barre, j'ai de la pluie dans les yeux, pendant ce temps  les 3 matelots se battent aussi car la baume les balade dans tous les sens, ils n'arrivent pas à rentrer la voile dans le sac; en plus dans l'urgence de la situation, personne n'a pris le temps de s'attacher. 20 minutes de bagarre, à peine le temps de se remettre, les deux moteurs se mettent en alarme et s'arrête: on est complètement à la merci de la mer.Impossible de remettre en route, le bateau n'est plus manoeuvrable. On est obligé de remettre le génois.
Pendant 2 heures, ma fille et moi on se relaie à la barre pendant que les zhoms tentent de réparer le moteur bâbord: c'est la durite d'arrivée de gas oil qui a lâchée provoquant une fuite.Il finiront pas faire une réparation de fortune. Nous on se bat toujours  le vent et la mer.

moi___la_barre_2

On est trempées et frigorifiées.
Vers 11 heures on est en vue du phare Amédée; trop fatigué pour continuer, on décide de s'y arrêter pour la journée et la nuit. Pas facile d'attraper la bouée avec un moteur et le vent de face à 30 noeuds, en  plus on a le spectre de l'accident en tête. La 3ème tentative sera la bonne.
12h30: on est attaché et à l'abri dans le carré; une bonne douche chaude et on se retrouve devant une énorme gamelle de pâtes carbonara.
14h: extinction des feux. Tout le monde est sous la couette. On émerge vers 17h. Et en sortant, une jolie surprise: une tortue verte est là,tout près du bateau. Joli spectacle qui nous console de cette journée noire.

tortue_verte5

Jeudi:

Nuit en demi teinte: personne n'a vraiment dormi: le bateau a tiré toute la nuit sur la bouée et heureusement qu'on avait mis 2 amarres en sécurité car la 1ère à cassée dans la nuit. on se retrouve hagard au petit déjeuner. Et là on décide de rentrer à Nouméa une bonne fois pour toute!
Le vent a faibli, la mer se calme  avec une houle formée mais régulière, rien a voir avec les jours derniers et le soleil montre son nez!
Parti à 7h, on arrive à 10h.
Ouf! quel bonheur de se retrouver à la maison, accroché à notre bouée et à l'abri du vent.
Le reste de la journée se passera à chercher les diverses pièces nécessaire aux réparations.

Et voilà comment une semaine de vacances qui aurait dû être idylique, c'est transformé en cauchemard!!